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  • L'ARBRE À OISEAUX
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Isabelle Chatellard / Illustration Jeunesse

L’illustration jeunesse, s’amuser « sérieusement et consciencieusement »

 

V

ous êtes illustratrice principalement pour la jeunesse. Pouvez-vous nous résumer votre parcours en quelques mots ?

Après un baccalauréat littéraire j’ai intégré les cours à l’École Émile Cohl, directement en première année, avec la grande illusion de savoir dessiner, comme tout le monde me le faisait croire et la belle réalité de constater des notes catastrophiques et des difficultés insoupçonnées!

Beaucoup de travail a été nécessaire, beaucoup d’opiniâtreté et peu de renoncement, ou si , celui de d’être dilettante pour ensuite arriver à une belle libération en dernière année d’Émile Cohl, ce qui m’a permis de ne plus être dans la représentation, qui me pesait beaucoup, mais d’être dans l’interprétation qui me plaisait particulièrement!

 

A

vez-vous toujours dessiné et voulu devenir illustratrice ?

Je crois que oui ! Mon père était architecte et il peignait avec un magnifique peintre de montagne, Ange ABRATE, à ses moments libres, quand il le pouvait. J’ai baigné dans cette ambiance de « table à dessin, crayons, peintures, calques et odeurs d’atelier d’architecture. On disait que je n’avais jamais de poupées mais que j’avais toujours avec moi un sac rempli de feutres et crayons… sans parler de vocation, l’envie était là !

 

P

ourquoi l’illustration Jeunesse ?

Franchement, je n’avais pas déterminé ce choix au départ, je voulais m’orienter en architecture mais étant assez ridicule en perspective et représentation dans l’espace, je me suis orientée dans le dessin plus raisonnablement et de façon plus réaliste ! On m’a parlé de l’École Émile Cohl, et de cette formation d’ « illustrateur jeunesse ». J’ai toujours conservé et regardé mes livres d’enfants en ne sachant pas réellement qui dessinait et comment cela se réalisait mais en étant passionnée par ces images qui me transportaient. Cette école a rendu possible ce que je ne pensais pas être un « vrai métier ». Je pouvais donc concrétiser, là, en étudiant, et c’est comme ça que je suis allée vers ce métier d’illustrateur jeunesse. La réputation de l’école a fait décider mes proches également vers cette voie

 

Q

uelles sont les spécificités de ce métier ?

Ne pas voir, mais regarder, pour s’approprier pleinement ce qui nous entoure. Dessiner pour convoquer ses idées et les accoucher, « le style c est un point de vue et un seul » disait Andrée PUTMAN. Savoir détourner, rendre poétique, avoir de l’humour pour caricaturer. S’amuser « sérieusement et consciencieusement » et toujours se dire que l’on est sa propre matière, si on est vivant , on évolue on ne fait évoluer son travail que parce que l’on a la volonté de le nourrir

 

V

ous avez publié une cinquantaine d’albums jeunesse, où trouvez-vous l’inspiration ?

À chaque nouveau texte, un nouvel univers, j’essaie! L’âge aidant, je choisis mes textes et thèmes, ça aide! Mais je ne refuse pas les textes qui me déroutent car ils ont une difficulté qui m’oblige à me renouveler. J’essaie de retenir aussi des mots entendus, qui m’amènent à des images et des situations.

 

Q

uelle est votre méthode de travail ?

Le stress (ça je ne devrais pas le dire) ! Être en danger, pour ne pas avoir de choix et aller à l’essentiel dans la réalisation de mon travail. Mais avant cela il me faut une grande gestation qui fait que je réfléchis beaucoup à mes cadrages et ma mise en forme du livre que je conçois d’une façon très précise la plus maîtrisée possible.

 

Q

uels-sont les avantages/difficultés de ce métier ?

Être libre donc trop libre…

 

U

n film d’animation a été réalisé à partir de votre ouvrage « Pantin, la pirouette ». Comment cela s’est-il passé ?

Jean François Laguionie, qui était dans le jury des Pépites de Montreuil, a repéré mon style de dessin, m’a convoquée et nous avons fait ce film d’animation ensemble. C’était une formidable expérience ! N’étant pas formée à l’animation, je me suis vue dans l’obligation de rester dans ma fragilité et mes incertitudes et c’est précisément ce qu’il recherchait!

 

V

ous avez également réalisé les vitrines du Printemps Haussmman à Paris pour Noël en 2002. Toutes ces expériences un peu en dehors de l’édition doivent être très enrichissantes. Est-ce une nécessité ? Ou simplement des opportunités que vous avez su saisir ?

Je dirais que ce sont des nécessités qui naissent d’opportunités ! Il ne faut pas avoir peur de se lancer dans quelque chose qui nous est inconnu, avec une petite dose d’inconscience quand même  ! Je n’avais, par exemple, pas conscience de l’importace de l’événement et cela m’a un peu sauvée! Ces expériences nous forcent à nous surpasser et nous rassurent sur nos capacités intrinsèques. « Il n y a pas de hasard il y a des rencontres », ne les ratons pas.

 

V

otre travail est maintenant largement reconnu dans la profession. Vous avez reçu de nombreux prix et plusieurs sélections officielles, vos ouvrages sont traduits dans de nombreuses langues. On sent avec « mon ti chien » ou encore votre exposition sur les motifs, que d’autres voies s’ouvrent à vous. Est-ce un tournant dans votre carrière ? Des envies de se renouveler ?

Oui une forte envie de se renouveler ! Essayer de se surprendre un peu soi-même et ne pas stagner, rester dans la « fragilité ».

 

E

n quoi être illustratrice jeunesse aujourd’hui est-il différent d’il y a 20 ans ?

Actuellement il y a 14000 livres jeunesse qui sortent en France et pays francophones, par an…

 

Q

uel(s) conseil(s) donneriez-vous à une jeune personne souhaitant se lancer dans l’édition jeunesse ?

Bien comprendre que dessiner est un travail à part entière

 

Retrouvez le travail d’Isabelle sur son site : http://www.isabellechatellard.com/